Dans le cadre de l’événement de l’initiative Esprit, corps et prêt au combat le plus couru à ce jour, des militaires et des civils se sont rassemblés dans le Mess historique des officiers Waterloo pour un séminaire franc et révélateur intitulé « La santé mentale dans un milieu de travail à prédominance masculine ». Organisée par l’équipe de la promotion de la santé des PSP Borden, la séance a accueilli le conférencier invité Trevor Mayo, qui est un consultant en équité et en inclusion reconnu à l’échelle nationale, pour discuter des stigmatisations, des défis et des possibilités liés à la santé mentale des hommes dans les environnements où l’on porte des uniformes.
« Nous ne sortons pas simplement du lit prêts à avoir des conversations difficiles, a déclaré M. Mayo. « Nous devons renforcer cette capacité, et la sécurité psychologique est le fondement. »
Le séminaire, qui faisait suite à des ateliers récents sur l’activité physique, l’hygiène du sommeil et la santé des femmes, a marqué un point tournant dans la série : un atelier qui s’est attaqué directement aux pressions culturelles qui façonnent la façon dont les hommes gèrent leur bien‑être émotionnel dans des environnements hautement performants et axés sur la mission comme les Forces armées canadiennes.
Culture, connexion et coût du silence
M. Mayo a commencé la séance en reconnaissant les scénarios sociaux et institutionnels que de nombreux hommes ont appris à intérioriser : Ne montrez pas vos émotions. Soyez toujours forts. Ne demandez jamais d’aide.
Bien que ces attitudes aient déjà été considérées comme faisant partie d’une identité « résiliente », M. Mayo a mis la salle au défi de réfléchir à leur incidence. Au Canada, trois décès par suicide sur quatre sont des hommes. Les surdoses d’opioïdes chez les hommes et les maladies mentales non traitées demeurent disproportionnellement élevées. Au sein des forces armées, de nombreux militaires craignent toujours que la reconnaissance d’une détresse psychologique puisse faire dérailler leur carrière.
« Une politique n’est pas une culture », souligne M. Mayo. « La culture se reflète dans notre façon dont nous nous parlons, dans la façon dont nous réagissons lorsque quelqu’un éprouve des difficultés. C’est la responsabilité à nous tous ici présents. »
Selon lui, cette déconnexion alimente une épidémie silencieuse, en particulier dans les domaines à prédominance masculine où la vulnérabilité est souvent synonyme de faiblesse. Pourtant, M. Mayo a clairement indiqué que la sécurité psychologique ne consiste pas à être à l’aise – il s’agit d’être en mesure d’être entièrement vous-même, surtout lorsque c’est difficile.
Passer à l’action : « Prouvez-moi que tout va bien »
S’appuyant sur son expérience personnelle, M. Mayo a décrit comment un ancien patron avait créé un espace en milieu de travail pour procéder à des bilans émotionnels de façon honnête. Au début, il était sceptique. Mais à la troisième réunion, il s’est senti suffisamment en sécurité pour admettre qu’il éprouvait des difficultés. Ce moment a mené à un diagnostic officiel et à un tournant dans sa vie personnelle et professionnelle.
« Ce n’est que lorsque quelqu’un d’autre m’a montré que c’était correct que je me suis rendu compte de ce que je portais en moi a dit Mayo. « C’est l’avantage de diriger avec vulnérabilité. »
Il a invité les participants à réfléchir à quatre schémas psychologiques qui surviennent dans des cultures toxiques :
- « C’est ma faute »
- « Je suis terrifié »
- « Je ne peux me confier à personne »
- « Montrez-moi que tout va bien »
La solution? De petits gestes authentiques de leadership à tous les grades. Il ne s’agit pas de changements de politique — bien que ceux-ci soient importants —, mais plutôt des changements personnels : prendre des nouvelles, demander comment quelqu’un va vraiment et faire un suivi lorsque la personne se confie.
Dialogue ouvert, vérités difficiles
La deuxième partie du séminaire a encouragé une discussion de groupe franche sur ce qui empêche les gens de participer ouvertement à la conversation sur la santé mentale.
Certains ont mentionné la crainte de stigmatisation ou d’occasions manquées, en particulier dans les rôles essentiels à la sécurité comme la maintenance des aéronefs. D’autres ont parlé d’expériences passées où ils se sont confiés, pour ensuite être ignorés ou rejetés par le leadership.
« Pourquoi devrais-je être vulnérable, a demandé un participant, si rien ne change lorsque je me confie?
Selon M. Mayo, cette question souligne l’importance du suivi. « Il ne suffit pas de dire que votre porte est ouverte. Vous devez montrer aux gens que le fait de se confier mène à quelque chose. »
Voici d’autres points de vue :
- Le rôle crucial des systèmes de soutien par les pairs et de jumelage dans les environnements opérationnels à enjeux élevés.
- La valeur d’être simplement « soi-même » plus souvent au travail pour instaurer la confiance.
- La croyance préjudiciable que la consommation de substances est le seul mécanisme d’adaptation culturellement acceptable.
Bâtir une culture de confiance
Finalement, M. Mayo a présenté la santé mentale comme un impératif humain et une priorité opérationnelle. Les unités qui favorisent la sécurité psychologique, a-t-il noté,
- connaissent moins d’erreurs et de blessures,
- font preuve d’une plus grande innovation et adaptabilité,
- ont un moral plus élevé, un meilleur taux de rétention et une meilleure cohésion.
« Ce n’est pas une « bonne chose à avoir », a-t-il dit. « c’est essentiel à la mission. »
Les participants sont repartis avec un défi : réfléchir à la façon dont ils souhaitent se présenter à eux-mêmes et aux autres, et s’engager à avoir au moins une conversation authentique dans les jours à venir.
« Vous n’avez pas besoin d’être thérapeute », a déclaré M. Mayo en terminant. « Il suffit d’être présent, d’être authentique et de continuer à s’exercer. »






